Le pressoir, «aiguillage de la qualité»

Dix règles pratiques pour préserver dans le moût le potentiel du raisin

Le pressoir est le point de jonction décisif entre la vigne et le chai. C'est là que se révèle la part du potentiel qualitatif du raisin qui se retrouve réellement dans le moût. Quiconque souhaite, dans le segment premium, travailler avec le moins possible d'interventions correctives et d'additifs, tout en produisant le vin de la manière la plus rentable possible, doit donc planifier avec précision avant même la première phase de pression.

Le pressurage ne commence pas au pressoir

Le pressurage n'est pas une opération mécanique isolée. L'état des raisins, la date de vendange, la température extérieure, les conditions météorologiques, les contenants de transport, le temps d'attente et le trajet jusqu'au pressoir déterminent ensemble la qualité qu'il sera possible d'obtenir. Un bon pressoir ne peut pas rendre leur intégrité à des raisins endommagés, échauffés ou affectés sur le plan microbiologique.

La principale conséquence pratique est donc la suivante : le vignoble, la logistique des vendanges, la réception des raisins et le pressurage doivent être planifiés comme un seul processus continu. Ce n'est pas la capacité nominale maximale d'une machine qui est déterminante, mais un flux de matière régulier, sans longues attentes ni transferts inutiles. Travailler avec des doses réduites de SO2 exige une transformation particulièrement douce et un contrôle rigoureux des apports d'oxygène. Une bonne conduite du procédé peut réduire le besoin de mesures de protection et de correction, mais elle ne remplace pas une protection œnologique ciblée.

Synchroniser les vendanges et la capacité de pressurage

Le nombre de vendangeurs ou de machines à vendanger, la capacité de transport et la durée réaliste d'un cycle de pressurage doivent être cohérents. Si les raisins arrivent plus vite qu'ils ne peuvent être traités, des temps d'attente apparaissent. Si le pressoir est trop grand pour le débit journalier réel, il faut souvent trop de temps pour réunir une charge complète. Dans les deux cas, le risque d'oxydation, d'activité microbiologique indésirable et de problèmes d'hygiène augmente.

Un repère de planification simple peut être retenu : en vendange manuelle, le pressoir devrait, si possible, être entièrement rempli dans les trois heures suivant la récolte des premiers raisins ; à défaut, la vendange doit être stockée au froid jusqu'à sa transformation. En vendange mécanique, le pressoir devrait être rempli en une heure. Ces délais ne constituent pas une norme universelle. Par forte chaleur, avec une vendange altérée ou des cépages particulièrement sensibles à l'oxydation, la planification doit être encore plus serrée.

Recommandation pratique : avant les vendanges, il ne suffit pas de calculer le débit en tonnes par heure. Pour chaque lot, il faut également prendre en compte l'heure d'arrivée, le début du remplissage, le programme prévu, la vidange, le nettoyage et les cuves de moût disponibles. Une petite marge de temps est utile ; un embouteillage de raisins ne l'est généralement pas. Un stockage tampon des raisins n'est judicieux que pour la macération de cépages aromatiques ou la transformation de raisins réfrigérés.

Protéger les raisins pendant le transport

Plus les raisins sont tassés, écrasés ou échauffés dans leur contenant, plus tôt commencent l'écoulement du jus, l'oxydation et les altérations microbiennes. Le transport doit donc être adapté au cépage, au mode de récolte, à la température et au style de vin recherché. Les raisins fragiles ou récoltés par temps chaud bénéficient de contenants plus petits et bien ventilés ainsi que de trajets courts. Les grands contenants ne sont pertinents que si le tassement et l'accumulation de jus peuvent être évités avec certitude. Une autre règle s'applique : plus le trajet est long, plus le contenant de transport devrait être petit.

La Champagne montre avec quelle rigueur ce principe peut être appliqué à un objectif qualitatif clairement défini : les grappes entières doivent parvenir intactes au centre de pressurage, les caisses de transport doivent évacuer rapidement le jus qui s'écoule et le pressurage doit commencer le plus tôt possible après la récolte. Ces règles ne s'appliquent pas automatiquement à toutes les exploitations, mais elles illustrent l'essentiel : le transport fait déjà partie de l'extraction du moût.

Au remplissage : un parcours court, direct et doux

Le meilleur chemin vers le pressoir est le plus court. Un remplissage direct ou par gravité est préférable, sur le plan qualitatif, à une longue succession de vis sans fin, de pompes, de tuyaux et de transvasements. Chaque mètre de tuyau supplémentaire, chaque coude, chaque dénivelé et chaque transfert brutal accroît les contraintes mécaniques. Cela ne signifie pas que les pompes doivent être systématiquement exclues. Elles doivent toutefois être utilisées uniquement là où elles sont nécessaires, avec des parcours aussi courts et largement dimensionnés que possible, ainsi qu'une technologie de pompage douce.

La hauteur de chute doit elle aussi rester aussi faible que possible. Pendant le remplissage, la cuve du pressoir ne devrait pas être mise en rotation dans le seul but d'y faire entrer davantage de raisins. Ces rotations de vidange ou de tassement génèrent des forces de cisaillement supplémentaires avant même le pressurage et compliquent ensuite une séparation nette des fractions. Pour optimiser la quantité chargée, le pressoir devrait tout au plus être légèrement balancé d'avant en arrière.

Ne pas surcharger ni sous-remplir le pressoir

Un pressoir devrait être rempli en une seule opération continue avec la quantité prévue. Une surcharge entrave l'écoulement, prolonge le cycle et impose des émiettages plus fréquents. Un remplissage nettement insuffisant modifie également la répartition de la pression et peut entraîner une extraction inutilement forte. L'objectif n'est donc pas de charger le plus ou le moins possible, mais de rester dans la plage de fonctionnement recommandée pour le pressoir concerné.

La conséquence pour la planification des investissements et des vendanges est claire : un pressoir plus grand n'est pas automatiquement un meilleur pressoir. La capacité appropriée est celle qui permet un fonctionnement rapide, complet et reproductible avec le flux réel de la vendange. Le dimensionnement doit donc se fonder sur des journées de vendange représentatives.

Laisser égoutter, puis presser au rythme du débit

Avant la première phase de pression proprement dite, le moût formé pendant le remplissage doit avoir le temps de s'écouler. Ce jus d'égouttage constitue une fraction à part entière et ne devrait pas être mélangé par inadvertance aux jus de presse ultérieurs. Ensuite, la règle est la suivante : augmenter la pression lentement et par paliers, maintenir chaque palier suffisamment longtemps et observer le débit du moût. Le jus doit s'écouler de la manière la plus régulière possible, sans interruption. L'objectif n'est pas la montée en pression la plus rapide, mais un écoulement aussi constant que possible, adapté au système d'égouttage du pressoir.

Une pression élevée n'est pas un gage de qualité. À mesure que l'extraction augmente, différents paramètres évoluent selon le raisin, notamment la turbidité, la teneur en composés phénoliques, l'acidité, le pH, la couleur et la sensibilité à l'oxydation. Une étude à l'échelle industrielle a montré qu'avec des rendements en jus plus élevés, le pH, la turbidité, l'indice de couleur et les valeurs liées aux composés phénoliques avaient tendance à augmenter, tandis que l'acidité titrable diminuait. L'ampleur exacte de ces évolutions dépendait du cépage et des conditions de pressurage. Des pressions plus élevées nécessitent davantage d'émiettages mécaniques.

N'émietter que lorsque le gâteau de marc l'exige

L'émiettage doit rendre au gâteau de marc sa capacité d'égouttage, c'est-à-dire recréer des voies d'écoulement. Il ne s'agit pas d'une étape de broyage supplémentaire. Si l'émiettage intervient trop tôt ou trop souvent, les pellicules et les pépins sont davantage soumis aux forces de cisaillement. Par ailleurs, la décompression et le remaniement du marc peuvent provoquer une nouvelle libération de composés phénoliques et de moût davantage exposé à l'oxydation.

Des études récentes sur le Pinot Noir et le Pinot Meunier montrent que des changements qualitatifs marqués ne se produisent pas seulement à partir d'un certain volume, mais surtout après la décompression et le travail du marc. La conclusion pratique est la suivante : limiter les émiettages et, immédiatement après, déguster et mesurer avec une attention particulière. Cet effet est particulièrement important lorsqu'il s'agit d'obtenir le plus possible de jus peu coloré pour un Blanc de Noirs.

Séparer les fractions de moût selon leur qualité, pas seulement leur volume

Le fractionnement n'est pas réservé aux vins effervescents. Pour les vins blancs et rosés tranquilles également, le jus d'égouttage, les premières fractions de presse et les jus obtenus plus tard peuvent contribuer de manière très différente aux arômes, à l'acidité, à la structure, à la couleur et à l'aptitude au vieillissement. Les réunir immédiatement revient à renoncer à l'un des moyens les plus efficaces de piloter la qualité et le traitement adapté du moût sans corrections ultérieures.

Au minimum, le jus d'égouttage et le jus de presse devraient être évalués séparément. Dans le segment premium, plusieurs fractions clairement définies sont pertinentes, à condition de disposer de suffisamment de cuves, de capacité de refroidissement et de documentation. Le point de changement ne devrait pas être fixé uniquement en fonction du temps ou du volume, mais aussi du débit du moût, du goût, de la turbidité, du pH, de la couleur et, le cas échéant, de l'oxygène dissous. Une séparation selon la teneur en polyphénols serait souhaitable.

Fractionner ne signifie pas automatiquement rejeter les fractions tardives. Elles peuvent être précieuses pour un autre style de vin, une fermentation séparée ou un assemblage ciblé ultérieur. L'essentiel est d'abord de rendre les différences visibles et maîtrisables.

Choisir le programme adapté à chaque raisin

Un programme standard peut offrir un point de départ fiable, mais il ne remplace pas un objectif œnologique. Le programme de pressurage doit être adapté au cépage, au millésime, au degré de maturité et à l'état sanitaire, à la température de récolte, au mode de vendange, au type de pressoir et au vin recherché. Un vin de base pour effervescent exige d'autres priorités qu'un vin blanc aromatique ou un rosé à la couleur stable.

Cela vaut tout particulièrement pour les programmes automatiques ou qualifiés d'intelligents. De nombreux algorithmes optimisent d'abord le débit et le rendement. Pour une qualité premium, les paliers de pression, les temps de maintien, la compensation de pression, les émiettages et les limites de fraction doivent être consciemment adaptés à l'objectif produit. Dans une logique de qualité, le programme devrait être réglé de manière à obtenir un débit de moût régulier.

Piloter avec les sens, confirmer par les mesures

Le contrôle le plus important reste le prélèvement régulier d'échantillons. La couleur, l'odeur, le goût, la turbidité et le comportement de l'écoulement signalent souvent plus tôt qu'un programme chronométré le moment où une fraction évolue. Un verre placé à la sortie du pressoir fait donc autant partie de l'équipement qu'un plan d'échantillonnage rigoureux.

Les mesures du volume ou du débit, ainsi que de la turbidité et du pH, sont particulièrement utiles. Lorsque les exigences de qualité sont élevées, la mesure de l'oxygène dissous, de la teneur en polyphénols et de la conductivité peut fournir des indications supplémentaires. L'important n'est pas de disposer du plus grand nombre possible d'appareils, mais d'une sélection restreinte, utilisée de manière cohérente et documentée, qui débouche réellement sur des décisions.

L'hygiène et l'apprentissage font partie du programme de pressurage

Le moût répandu, les zones d'attente chaudes et les conduites difficiles d'accès sont autant de points critiques. Les caisses, la zone de réception, le pressoir, les bacs de collecte, les tuyaux et les cuves doivent donc être nettoyés en coordination avec le rythme des vendanges. Le nettoyage n'est pas une interruption du processus, mais une phase planifiée de celui-ci.

La documentation est tout aussi importante. En consignant, pour chaque lot, l'état des raisins, la température, le temps de remplissage, le programme, l'évolution de la pression, le débit du moût, les limites des fractions, les analyses et les impressions sensorielles, l'exploitation se constitue une base de connaissances qui lui est propre. Ainsi, un bon pressurage devient l'année suivante un processus reproductible.

Le contrôle vendanges en 60 secondes

  1. Les arrivages prévus, le temps de remplissage, le cycle de pressurage et la capacité des cuves sont-ils cohérents ?
  2. Les contenants de transport, les zones d'attente et les raisins sont-ils suffisamment protégés et propres ?
  3. Le trajet jusqu'au pressoir est-il aussi court, direct et doux que possible ?
  4. Le remplissage s'effectue-t-il sans hauteur de chute, transvasement ni rotation inutiles ?
  5. La quantité chargée se situe-t-elle dans la plage de fonctionnement prévue du pressoir ?
  6. Le jus d'égouttage peut-il s'écouler séparément et être évalué comme une fraction distincte ?
  7. Les paliers de pression et les émiettages sont-ils pilotés par le débit du moût plutôt que par la seule horloge ?
  8. Y a-t-il suffisamment de cuves identifiées pour les fractions prévues ?
  9. Le verre, le pH-mètre, la mesure de turbidité et la documentation sont-ils prêts à l'emploi ?
  10. Le nettoyage entre les lots est-il prévu de manière réaliste dans le programme de la journée ?
Le pressoir marque l'aboutissement du travail dans le vignoble et, en même temps, le point de départ du travail au chai. Sa mission première n'est pas d'obtenir le plus de moût possible le plus rapidement possible. Il doit révéler le potentiel qualitatif du raisin, le séparer avec précision et le préserver pour la suite de la vinification. C'est la base du meilleur résultat économique possible.

Portée : ces recommandations concernent principalement la transformation directe des raisins destinés aux vins blancs, rosés et effervescents. Pour le vin rouge, le pressurage intervient le plus souvent après la fermentation sur marc ; les principes de traitement doux, de séparation des fractions et de contrôle sensoriel et analytique restent néanmoins pertinents.

Ulrich Willmes, directeur général de la société WiLLMES GmbH
À propos de l'auteur
Ulrich Willmes
directeur général
Dans cet article spécialisé, Ulrich Willmes aborde les principales questions pratiques liées à la technologie de pressurage, à la transformation du raisin et à l'extraction du moût axée sur la qualité.

Sources

  1. Secondé, Nicolas (2025) : Le pressoir et sa programmation : mode d'emploi. L'Enologo, no 7-8/2025.
  2. Comité Champagne (2024) : Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée Champagne. Ouvrir la source
  3. Comité Champagne : Arrival at the pressing centre. Présentation officielle du pressurage doux et du fractionnement. Ouvrir la source
  4. Shanshiashvili, G. et al. (2024) : Insight the impact of grape pressing on must composition. IVES Conference Series. Ouvrir la source
  5. Marchal, R. et al. (2022): Impact of press fractioning on current and phenolic compositions of Pinot noir and Pinot meunier wines. IVES Conference Series. Ouvrir la source
  6. García-Roldán, A. et al. (2026): Influence of pressing conditions on the chemical composition, oxygen consumption rate and tyrosinase activity of the grape must. OENO One. Ouvrir la source
  7. Shanshiashvili, G. et al. (2025): Extraction of Grape Juice: Impact of Laboratory-Scale Pressing Methods on the Chemical Composition. Beverages 11(1), 23. Ouvrir la source